Reportage: Bugatti Type 57 SC Atlantic – La plus belle, exposant 4

Mais qu'y avait-il donc dans les années 30 ? C'est juste avant que la Seconde Guerre Mondiale enflamme l'Europe qu'on a produit les voitures les plus belles et exclusives de l'histoire.

Après l'Alfa Romeo 8C 2900B Berlinetta dont nous vous parlions il y a peu, c'est au tour de la Bugatti 57 SC Atlantic de célébrer ses 80 ans. Si on voulait définir l'absolue beauté du design automobile, tant l'Alfa que la Bugatti pourraient servir d'illustration. Et quand on est en présence de la Bugatti Type 57 SC Atlantic, on se dit que le vrai design a coupé le courant et mis la clé sous la porte il y a bien longtemps. Oui, chère BMW Série 7, c'est à toi qu'on pense…

La goutte parfaite

La Bugatti Type 57 SC Atlantic est une création de Jean Bugatti, fils d'Ettore. Pour l'Atlantic, la marque qui était déjà connue pour son avant-gardisme voulait utiliser de "l'elektron", un matériau composé à 90% de magnésium, et à 10% d'aluminium. Un matériau hautement inflammable, qu'il était donc impossible de souder. Voilà pourquoi l'Atlantic est faite de panneaux de carrosserie vissés ensemble. Jean créa cette carrosserie de coupé sportif deux places en forme de goutte d'eau parfaite, longue de 3,7 m à peine, qu'il déposa sur un châssis de Type 57. Bugatti décida aussi de faire des points de fixation de la carrosserie un élément intégrant du design, et cela donna le fameux aileron courant tout au long du toit. Bien que la voiture de production n'utilisât finalement que l'aluminium, cet aileron, ainsi que les fixations apparentes, furent conservés. Les lettres SC veulent dire "Surbaissé Charged" et grâce à cette suralimentation, le 8 cylindres en ligne 3.3 litres développait 200 ch, et autorisait plus de 200 km/h en pointe. C'était donc la supercar de son époque, dont la production n'a atteint que 4 exemplaires.

L'Atlantic Rothschild

Le châssis 57374 de 1936 fut la toute première Atlantic, commandée par le banquier londonien Rothschild. Et ce n'est qu'en 1939 que l'exemplaire gris et bleu reçut son supercharger. Après la guerre, la voiture partit pour Los Angeles, où son nouveau propriétaire Bob Oliver fit modifier les vitres arrière modi, et la fit repeindre à plusieurs reprises. En 1971, Peter Williamson la racheta pour 59.000$. Il la fit restaurer dans son état originel de 1936, puis la revendit à Peter Mullin et Rob Walton pour… 36 millions de dollars. En 2003, la voiture fut couronnée "Best of Show" au Concours d'Elégance de Pebble Beach, et elle remporta aussi le Concours de Chantilly en 2017. Actuellement, elle peut être admirée aux USA, aux Mullin Automotive Museum.

‘La voiture noire’

Le châssis 57453 est connue sous le nom de "la voiture noire", et était la voiture personnelle de Jean Bugatti. Elle a disparu de la circulation en 1938. La rumeur dit que Bugatti la fit transporter à Bordeaux pour lui éviter de tomber aux mains des troupes allemandes, mais qu'elle fut tout de même "capturée" en 1941 par les Nazis, qui la démantelèrent. Quoi qu'il en soit, la voiture n'a plus réapparu.

L'Atlantic Holzschuh

Le 11 décembre 1936, l'ingénieur Jacques Holzschuh prit livraison de son Atlantic grise, châssis numéro 57473. Avec elle, il remporta en 1937 un concours à Juan-les-Pins, mais la voiture avait déjà changé de forme. Holzschuh avait fait relever les phares, et fit encore transformer la carrosserie plus tard pour rehausser le confort. En 1939, il cacha l'Atlantic à Monaco. Holzschuh mourut en 1945, après quoi la voiture fut vendue par le propriétaire du garage où elle avait été mise à l'abri. En 1952, elle est propriété du séducteur en série René Chatard, qui l'enregistre au nom d'une de ses maîtresses, une certaine Marguerite Schneider. Mais c'est avec une autre de ses conquêtes, Jeanine Vacheron, que Chatard, au volant de son Atlantic, fera une rencontre infortunée… avec un train. Les restes de la voiture furent rassemblés dans un entrepôt, où ils furent retrouvés pour subir une première restauration. En 2000, le restaurateur Paul Russell en entreprit une nouvelle.

L'Atlantic Pope

La dernière Atlantic est née en 1938. Le châssis 57591 immatriculé EXK 6 avait été commandé par le britannique Richard Pope. Il allait garder la voiture durant 30 ans, avant de la vendre à l'auteur Barry Price, qui la vendit à son tour en 1988 au célèbre Ralph Lauren. Celui-ci fit restaurer la voiture par le spécialiste Paul Russel. Cette Atlantic collectionna à son tour les trophées, notamment les titres de Best Of Show à Pebble Beach en 1990, et à Villa d'Este en 2013. Il est difficile, voire impossible, d'estimer la juste valeur d'une voiture comme celle-ci. Mais 40 millions d'euros semble être un minimum.

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